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Baku Art Weekend : à Bakou, l’art passe des tapis du Karabakh aux peintures à la seringue

Baku Art Weekend : des tapis du Karabakh aux peintures à la seringue

Comment un tapis familier devient-il une œuvre contemporaine, et que peut exprimer un peintre qui troque son pinceau contre une seringue ? Au Baku Art Weekend, à Bakou, ces questions relient les tapis du Karabakh, l’art expérimental et des œuvres consacrées à la nature. Je trouve que cette rencontre entre gestes anciens et idées nouvelles donne au festival son relief le plus convaincant.

À Bakou, un week-end d’art entre traditions et expérimentations

Peinture, sculpture, photographie, art numérique et cinéma composent un parcours où les artistes d’Azerbaïdjan et d’ailleurs explorent plusieurs façons de regarder le monde. Plutôt qu’une seule définition de l’art contemporain, le Baku Art Weekend propose des œuvres qui font dialoguer mémoire, identité et création actuelle.

Je me représente un visiteur entrant dans une galerie avec l’image du tapis comme objet domestique, puis découvrant qu’il peut aussi raconter un paysage ou une histoire collective. C’est précisément ce déplacement du regard qui m’intéresse : les traditions ne sont pas présentées comme des pièces sous verre, mais comme des formes capables d’évoluer.

Œuvre ou démarche Artiste Idée centrale
Karabakh Carpets 2.0 Farid Rasulov Réinventer le tapis traditionnel en création contemporaine
Installation inspirée de la Tour de la Vierge Aydan Salahova Faire de la liberté et du choix le cœur d’une légende
Peinture à la seringue Zhang Ji Explorer la matière et transmettre une sensation sans traduction
Images d’architectures envahies par les plantes Ryan Koopmans Montrer le cycle entre construction humaine et retour de la nature

Les tapis du Karabakh, une tradition qui se transforme

Né à Shusha, Farid Rasulov a grandi entouré de tapis du Karabakh, dont les motifs représentent souvent des animaux, des plantes et d’autres éléments naturels. Avec sa série Karabakh Carpets 2.0, il reprend cet héritage et le fait entrer dans un langage visuel contemporain.

Son approche me semble plus forte qu’un simple hommage : elle affirme qu’une tradition reste vivante lorsqu’on ose la modifier. Je pense à une scène très simple, celle d’un enfant qui joue sur un tapis avant de le retrouver, des années plus tard, transformé en œuvre d’exposition. Le souvenir intime devient alors une matière artistique, sans perdre son lien avec le quotidien.

Un objet familier devient une œuvre contemporaine

Rasulov explique que son enfance au Karabakh a nourri son envie de créer de nouveaux types de tapis. Les motifs demeurent reconnaissables, mais leur mise en forme change : l’objet quitte son usage habituel pour inviter le public à s’interroger sur la mémoire et l’identité.

À mes yeux, cette démarche évite deux pièges : figer l’artisanat dans la nostalgie ou le moderniser au point d’effacer son origine. Le tapis conserve sa charge culturelle tout en affirmant une nouvelle présence dans la galerie.

De la Tour de la Vierge à la peinture à la seringue

La sculptrice Aydan Salahova revisite la légende associée à la Tour de la Vierge, monument emblématique de Bakou. Son installation imagine une femme qui s’envole vers une existence choisie : le récit ancien devient une réflexion sur la liberté, l’autonomie et le droit de décider de sa vie.

Salahova travaille notamment le marbre de Carrare en Italie et le calcaire local Aglay en Azerbaïdjan. Elle souligne que chaque pierre impose son propre langage, une idée que je trouve particulièrement juste : en sculpture, la matière ne se contente pas de recevoir une forme, elle participe à sa création.

Quand le pinceau cède sa place à la seringue

L’artiste chinois Zhang Ji applique la couleur à l’aide de seringues plutôt qu’avec des pinceaux traditionnels. Ce geste inhabituel modifie le rapport à la peinture : la matière est déposée autrement, et la texture devient une partie essentielle de l’expérience visuelle.

Ses œuvres font aussi référence à des architectures religieuses de différentes cultures, sans privilégier une croyance particulière. Zhang Ji ne demande pas aux visiteurs de décoder chaque symbole ; il souhaite d’abord qu’ils ressentent l’œuvre. Je partage cette préférence pour une création qui ne réclame pas de mode d’emploi avant de toucher son public.

La nature au cœur du Baku Art Weekend

La biodiversité constitue l’un des fils conducteurs du programme. Les « Wild Five » du Caucase réunissent cinq animaux : l’aigle impérial d’Orient, le léopard du Caucase, le loup gris, la gazelle à goitre et l’ours brun. Leur présence rappelle que la création peut aussi attirer l’attention sur la fragilité des habitats naturels.

Ces cinq espèces donnent un repère concret au propos environnemental du festival : derrière une notion parfois abstraite comme la biodiversité se trouvent des animaux, des territoires et des équilibres à préserver. La commissaire Lesley Gray voit dans les espèces animales des indicateurs précoces de la dégradation de leur environnement.

Des paysages repris par la végétation

L’artiste néerlando-canadien Ryan Koopmans s’intéresse aux bâtiments abandonnés que les plantes recouvrent peu à peu. Ses images numériques montrent un mouvement lent : les constructions humaines perdent leur emprise tandis que les arbres et les végétaux regagnent le terrain.

Cette idée prend un relief particulier à Bakou, où se croisent des influences architecturales azerbaïdjanaises, perses, ottomanes et soviétiques. Koopmans y voit la trace de plusieurs histoires superposées, tandis que ses œuvres rappellent que le temps transforme aussi les paysages bâtis.

Un léopard raconté par le cinéma

La réalisatrice Harriet Pratten a filmé le léopard du Caucase dans le parc national de Hirkan entre 2013 et 2015. Son documentaire Europe’s Last Leopard, daté de 2016, met en lumière cet animal difficile à observer et les menaces qui pèsent sur sa survie.

Ces repères chronologiques donnent une mesure du travail de terrain : le tournage s’est étendu sur trois années civiles, avant la sortie du film en 2016. Pratten défend l’importance du récit visuel pour faire connaître une espèce que la plupart des spectateurs ne verront probablement jamais dans son habitat naturel.

Je repense ici à une réaction très personnelle : une image d’animal peut rester en mémoire bien après la visite d’une exposition, justement parce qu’elle transforme une menace lointaine en présence sensible. La coopération entre le Baku Art Weekend, IDEA et WWF Azerbaijan relie ainsi art, science et conservation.

Photographie, destruction et regard international

Le photographe Ori Gersht explore les instants fugaces et les détails que l’œil ne saisit pas toujours. Dans son travail, beauté et destruction ne s’opposent pas simplement : un moment de rupture peut aussi ouvrir la possibilité d’une nouvelle forme.

Cette approche me paraît particulièrement pertinente dans un programme qui passe du patrimoine aux technologies visuelles. La caméra ne sert pas seulement à enregistrer le réel ; elle peut ralentir un événement, révéler ses détails et modifier notre perception de ce qui semblait évident.

Une scène artistique ouverte sur le monde

Le festival accueille aussi des visiteurs et des professionnels internationaux. Simon de Pury, commissaire d’art et commissaire-priseur, y voit une scène dynamique qui permet de découvrir Bakou en dehors des circuits artistiques les plus familiers.

Laura Acosta, directrice artistique et commissaire, relève la diversité des voix présentées et les liens entre récits personnels, identité culturelle et création contemporaine. Pour moi, c’est l’un des atouts du rendez-vous : il ne cherche pas à lisser les différences, mais à les faire coexister dans un même parcours.

Organisé par la Fondation Heydar Aliyev et l’organisation IDEA, le Baku Art Weekend associe expositions, cinéma et rencontres. Son fil rouge reste clair : montrer comment un héritage culturel, un paysage ou une technique peuvent devenir des points de départ pour créer autrement.

Questions fréquentes sur le Baku Art Weekend

Qu’est-ce que le Baku Art Weekend ?

C’est un rendez-vous artistique organisé à Bakou, en Azerbaïdjan. Il rassemble des expositions et des propositions en peinture, sculpture, photographie, art numérique et cinéma.

Comment Farid Rasulov réinvente-t-il les tapis du Karabakh ?

Dans sa série Karabakh Carpets 2.0, il reprend les motifs et les souvenirs liés aux tapis du Karabakh pour les transformer en œuvres d’art contemporain.

Quel artiste peint à la seringue ?

Zhang Ji utilise des seringues pour appliquer la couleur sur ses toiles, créant des textures et une méthode de travail différentes de celles obtenues avec un pinceau classique.

Pourquoi le léopard du Caucase est-il évoqué dans le festival ?

Le documentaire de Harriet Pratten fait découvrir le léopard du Caucase et les enjeux de sa protection. Il s’inscrit dans le volet consacré à la biodiversité et à la conservation de la nature.

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